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La mise à l’index de la supplémentation : une querelle d’école ?

Une tendance au rejet de la supplémentation
 
Communiquer sur un sujet aussi complexe mais néanmoins aussi capital que la prévention hygiéno-diététique et micronutritionelle des cancers passe par beaucoup de prudence et une prise de position dénuée de tout ostracisme. Ce thème est d'autant plus d'actualité, que depuis quelques temps, on sent manifestement une tendance au rejet de la supplémentation dans certaines hautes sphères de la nutrition.

Rejet qui se sert essentiellement du béta-carotène, puis dans la foulée des antioxydants en règle générale, accusés d'être responsables d'une augmentation des cancers, voire d'une surmortalité.
 
Rejet alors que l'étude SU.VI.MAX, a rapporté 2 éléments fondamentaux, incontestables :

   -  premier élément : 3 vitamines et 2 oligo-éléments, d'origine non alimentaire, ont permis d’éviter 31 % de cancers et de diminuer la mortalité de 37% chez les hommes. Pas d’effets chez les femmes, en sachant qu'il y a eu d'autres études qui ont montré également une protection chez les femmes. Mais comme je vous en ai déjà fait part, les femmes incluses dans l'étude SU.VI.MAX étaient protégées «  Naturellement », c'est comme ça.
Ces résultats sont ceux survenus dans cette population de femmes et d'hommes, ayant participé à cette étude. Les résultats auraient peut-être été différents à partir d’une autre population.
Autrement dit, les effets protecteurs vis-à-vis du risque de cancers chez les hommes sont indubitablement liés à l'apport complémentaire  (encore appelé dans l'étude, supplémentation), de 3 vitamines et de 2 oligo-éléments, et à Rien d'Autre. Parce que les hommes inclus dans cette étude avaient un ou plusieurs Déficits.

   -  deuxième élément : globalement pas d'augmentation des cancers ni de surmortalité, ce qui signifie que le rajout de vitamines et d’oligo-éléments n’a pas entraîné d’effets nocifs. Et pourtant dans le lot il y avait du béta-carotène. Pourquoi une absence d’effets délétères ? Parce que les doses complémentaires ne dépassaient pas celles qui pouvaient être apportées globalement par une Alimentation Saine et Optimisée.

Leçon : ne jamais dépasser les Apports Optimaux, Alimentation plus Complémentation confondues.
 
Rejet : pour quel autre motif ? Les publications dans des revues internationales sur l’étude SU.VI.MAX concluent toutes que les 3 vitamines et les 2 oligo-éléments utilisés ont eu des effets positifs. Par contre, les messages diffusés, en dehors des publications internationales, sont des recommandations nutritionnelles excluant tout recours à une complémentation. On est donc passé de résultats obtenus avec 3 vitamines et 2 oligo-éléments, d’origine non alimentaire, à un message univoque, la Nutrition « Uniquement ».
 
Il est tout à fait compréhensible que des recommandations délivrées par le Programme National Nutrition Santé (PNNS) ou le FMRC soient axées sur une Alimentation Santé, avec des recommandations qualitatives et quantitatives précises. Mais que le Comité de Coordination de l'étude SU.VI.MAX puisse conclure sur la non- justification de suppléments sous forme de « pilules miracles », au vu des résultats de leur étude, pourtant conduite avec un supplément, est déjà surprenant. Mais d’avancer « qu’on peut penser que l'effet de la supplémentation est moindre que celui des sources alimentaires d'antioxydants, notamment des fruits et légumes qui apportent d'autres éléments protecteurs » est encore plus étonnant. Je ne nie pas l'intérêt ni les effets favorables d'une Alimentation Santé, ayant moi-même écrit un livre sur les bienfaits du Régime Crétois et je reviendrais sur tous les critères d’une Alimentation Saine. Mais ne changeons pas de sujet et restons collés, pour l’instant, au cadre strict de l’étude SU.VI.MAX. Il faut rendre à César ce qui est à César. C'est la Complémentation qui a induit les effets Santé constatés et non une alimentation prônant la consommation quotidienne de 5 portions de fruits et légumes.
 
Il est fondamental de ne pas trahir le contenu des discussions et des conclusions découlant des études, dans des domaines où il s’agit de faire la part de ce qui constitue un facteur de risque ou un espoir de prévention en relation avec un aliment ou un supplément.
 
Doit-il obligatoirement y avoir une position unique dans un domaine complexe où souvent seules des tendances se dégagent, avec de plus des résultats, d’une étude à l’autre, qui parfois se contredisent ce qui, par ailleurs, n’annule en aucun cas la validité des études ayant ramené des résultats solides en faveur d’une possible prévention ? Personne ne devrait répondre de manière univoque à cette question capitale, sauf à avoir perdu tout sens critique et/ou pragmatique, sauf à faire la part belle à la Pensée Unique. Car en matière de science d'une part, le « doute est un devoir » et d'autre part les scientifiques ne peuvent pas être des « Faiseurs d'Opinion ». Et enfin ajoutons une once de Gide : « croyez ceux qui cherchent la vérité. Doutez de ceux qui la trouvent ».
 
Un schisme dans le monde de la nutrition : trois prises de position
 
On est d'accord, quelle que soit la prise de position, elle doit en final aboutir à ce qui nous intéresse dans ce chapitre, aboutir à une protection significative vis-à-vis des cancers, de l'ordre de 30 %, sans entrainer d’effets secondaires notamment d’augmentation du risque de cancers ou de surmortalité.
 
L'alimentation «  Uniquement »

Cette prise de position est celle adoptée par un certain nombre d'instances officielles impliquées dans le domaine de la prévention des cancers.
 
Citons dans le texte deux exemples illustratifs :
Le FMRC : « ce que nous mangeons est le facteur le plus important en matière de prévention du cancer. Des recherches montrent que la plupart des cancers sont évitables et qu'environ un tiers des cas de cancer peuvent être prévenus par la consommation régulière de certains aliments, notamment ceux d'origine végétale. En revanche, certains aliments d'origine animale, en particulier ceux qui sont riches en matières grasses et en sel semblent favoriser le développement et l'évolution du cancer »  (www.fmrc.fr/recherche/le_deuxieme_rapport_d_experts.lasso).
 
Le Comité de Coordination de l’étude SU.VI.MAX : « les résultats de notre essai randomisé en double aveugle, décrit pour la première fois dans une population d'un pays industrialisé, devront êtres confirmés par d'autres études. Cependant, dès à présent, ils supportent parfaitement les recommandations pour la consommation à tous les âges de la vie, et dans les deux sexes, d’une Alimentation Saine et surtout riche en fruits et légumes, source alimentaire majeure de vitamines et minéraux antioxydants. Compte tenu de la démonstration d'efficacité d'un apport nutritionnel adéquat des antioxydants dans la prévention des cancers, il est essentiel de faire consommer les fruits et légumes en quantité suffisante chez ceux qui en consomment peu, notamment les hommes (qui en France sont particulièrement à risque d'un apport trop faible pour avoir un statut en antioxydants adéquats) et de maintenir un apport suffisant chez les femmes qui en consomment suffisamment (qui ont un apport favorisant un meilleur statut en antioxydants comme le bêta carotène et la vitamine C) (www.sante.gouv.fr/htm/pointsur/nutrition/poli_nutri123.doc).
 
En conclusion, si les recommandations issues de ces prises de position, sont appliquées, elles doivent obligatoirement remplir des conditions précises reprises ici pour simple rappel. Point capital : pour arriver à une protection significative (de l'ordre de 30 %), il est impératif d'avoir des apports qui remplissent à la fois les recommandations qualitatives (diversité...) mais aussi celles quantitatives préconisées.
 
Ainsi dans les Directives de Santé Publique issues du rapport de la FMRC (recommandation n° 4) on note : « la population doit consommer en moyenne au moins 600 g par jour de légumes non féculents et de fruits ; intégrer à l'alimentation quotidienne de la population au moins 25 g de polysaccharides non féculents sous forme de céréales (graines) et/ou de légumes secs relativement peu transformés ainsi que d'autres aliments riches en fibres ». De même la recommandation n°4 pour les individus est la suivante : « consommer au moins 5 portions (400 g minimum) de légumes non féculents et de fruits variés par jour… ».
 
Ainsi au sein de la  recommandation individuelle, le message 5 portions de fruits et légumes au minimum apparaît vous  rappelant probablement quelque chose. Vous ne pouvez pas y avoir échappé, cette incitation faisant partie intégrante des objectifs nutritionnels du Programme National Nutrition Santé (PNNS), diffusée partout (www.mangerbouger.fr/pnns/index.php).  
 
·   Points forts

Il est clair qu'une alimentation riche en fruits et légumes permet d'atteindre un niveau de Protection significative (probablement de l'ordre de 30 %) et offre en plus d'autres services Santé, dans le domaine de la Prévention d'autres maladies en dehors du cancer, notamment au niveau cardiovasculaire. Ceci étant lié au fait que les aliments contiennent des molécules ou micro- constituants comme les polyphénols (vin, thé, noix, grenade...), des molécules issues de l'ail (à partager pour toutes les raisons que vous connaissez), le sulforaphane (choux, radis, brocoli, wasabi), celles contenues dans les fruits rouges comme la myrtille (anthocyanes), les caroténoïdes (carottes, tomates etc.), les curcumoïdes (curcuma)… Attention les effets spécifiques de ces molécules, comme leur capacité d'épurer certaines molécules toxiques accumulées dans notre organisme ou d'aider à accélérer la mort naturelle des cellules cancéreuses qui est habituellement inhibée, etc., n'ont été observés que dans des boîtes contenant des cellules en culture. Ces molécules ont probablement des effets importants mais ils  n'ont jamais pu être démontrés dans notre organisme, c'est-à-dire chez l'humain, faute de moyens à mettre en œuvre, les études cliniques revenant très chères.

·   Points faibles

Le point faible le plus important est lié à la difficulté pour un certain nombre de personnes d'atteindre l'objectif des 600 g de fruits et légumes par jour. Car il ne faut pas se faire d'illusions la recommandation n° 4, « au minimum 400 g = 5 portions de fruits et légumes » ne permet, en aucun cas, d'atteindre les VOS. J'en conviens, c'est mieux que rien, mais il faut être clair. Quand on communique dans le cadre de la Prévention on ne peut pas s'abstraire des Valeurs en Eléments Protecteurs à atteindre pour obtenir les 30 % visés vis-à-vis des cancers. La tentation peut être grande d’occulter cet aspect. Mais si c’est le cas on ne peut plus annoncer des chiffres précis de diminution de telle ou telle maladie. Si la « pilule SU.VI.MAX » avait contenu la moitié en quantités de vitamines et d'oligo-éléments, est-ce  que la protection aurait été de 15,5 % chez les hommes ? Personne ne se risquerait à répondre par l'affirmative.
 
 Il existe des difficultés manifestes d'atteindre l'objectif, ne fût-ce que de 5 portions de fruits et légumes frais (ce qui n’est de toute manière pas suffisant). Je cite, Actualités du PNNS 2007 : « 35 % des adultes et 58 % des enfants sont de petits consommateurs (moins de 3,5 portions par jour), tandis que 43 % des adultes et 20 % des enfants en consomment 5 ou plus par jour » (www.sante.gouv.fr/htm/pointsur/nutrition/sommaire.htm). Certes, c'est beaucoup mieux qu’au début de l'étude SU.VI.MAX, mais quoi qu’il en soit, il y aura forcément des déficits chez les petits consommateurs, ce n’est pas possible autrement.
 
La preuve, le  pourcentage  d'hommes  participant  à  l’étude  SU.VI.MAX qui  n'avaient pas des apports optimaux donc des déficits était significatif. Logique, ils ne mangeaient pas comme il faut. Ceux qui ne prenaient pas de supplémentation, alors que l’étude est maintenant terminée, qu’en est-il de leurs déficits, sachant qu’ils ont pourtant bien été coachés sur l'importance capitale d’une Alimentation Santé ? Mieux, les personnes qui ont pris la « pilule SU.VI.MAX » et qui l'ont arrêtée à la fin de l'étude, combien d’entre elles se sont de nouveau retrouvées avec un déficit donc en défaut de protection ? Tout ça parce que le message la Nutrition «  Uniquement »,  n’a  pas forcément été appliqué avec suffisamment d’ardeur, pour toutes les bonnes et/ou mauvaises raisons du monde.
 
Et enfin il faut soulever un point auquel le FMRC ou l'OMS ou d'autres organismes officiels œuvrant dans le domaine  de la prévention des cancers n'ont pas encore répondu ou ne peuvent peut-être pas répondre : qu'en est-il de l'incidence d’aliments contaminés par un environnement de plus en plus pollué et toxique ? C'est une question importante, que se posent de plus en plus de consommateurs, à juste titre. Si on doit privilégier le message 600 g de fruits et légumes frais, les points qu'on devra nécessairement soulever sont : quelle qualité ? Quelle provenance ? OGM ou pas ? Quel taux de pesticides ? Etc.
Les études réalisées et restituées par le FMRC et les autres organismes n'ont probablement pas encore le recul suffisant ni les critères méthodologiques adaptés pour inclure ces paramètres. Aurons-nous quelques surprises dans le futur ? On pourrait presque dire : il y a eu l'alimentation avant une certaine époque et celle-là répond vraisemblablement aux critères d'une Alimentation Saine, Protectrice avec des effets supérieurs aux compléments alimentaires. C'est celle qui a été prise en compte jusqu’à présent; et puis il y a les fruits et les légumes actuels, qui sont peut-être porteurs, à leur insu, de quelques vices cachés.


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Il y a des personnes qui n'ont pas de quoi s'acheter 600 g de légumes et fruits
Plantons le décor : les produits sucrés et gras ne coûtent pas chers ; le prix des légumes et fruits frais n’a pas arrêté d'augmenter depuis 1950. Bon, il y a assez à manger, il n'y a plus dans un certain nombre de pays de pénurie. Par contre, si on vise l'équilibre nutritionnel, en intégrant les indicateurs de qualité pour les aliments (le SAIN = aspects favorables de l'aliment et le LIM = aspects défavorables de l'aliment (www.inpes.sante.fr/jp/cr/pdf/2007/Session8/session8_2903_mat/N.%20%20darmon.pdf), tout cela en vue d'approcher les Apports Optimaux, les personnes ayant des  ressources financières suffisantes peuvent y arriver, mais pas les autres. Pire, comme il y a suffisamment de nourriture disponible pour pas cher,  on en tombe malade (obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires, ostéoporose, cancer). Ce qui n'aurait pas été le cas, si les aliments aux vertus protectrices (trop chers) avaient pu être achetés afin de contrecarrer le trop-plein en aliments gras et sucrés, néfastes pour la Santé. De 1960 à 2005 « les prix à la consommation des légumes frais ont augmenté de 40 % de plus que l'ensemble des prix alimentaires. De 1998 à 2006, les achats des fruits et légumes frais des ménages pour la consommation à domicile ont baissé de façon régulière en quantité » (http://www.inserm-actualites.fr/index.php?id=499 et www.jand.fr/opencms/export/sites/jand/data/documents/COMBRIS.pdf).


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En dehors du fait que certaines maladies soient plus souvent présentes en cas de déséquilibres alimentaires, le 1er risque identifiable, sans risque de se tromper, est celui de l'installation préalable à tout cela d’un ou plusieurs déficits.

 L’alimentation et une supplémentation quasi-systématique
 
Ce point de vue est né d'un raisonnement assez logique. Un certain nombre de personnes ayant une alimentation déséquilibrée n'auront pas suffisamment d'éléments protecteurs et il sera judicieux de compléter afin d'optimiser les apports.
 
·   Points forts
Tant que ces démarches s'occupent en 1ère intention de corriger les écarts alimentaires et de donner en attendant une supplémentation peut se justifier. Cela va permettre en attendant un retour à l'équilibre alimentaire d'apporter de quoi protéger la personne et donc d'installer une prévention, dont le niveau ne pourra pas forcément être parfaitement quantifié.
 
·   Points faibles
Cette démarche n'est pas sous-tendue uniquement par la notion de déficit, loin de là. Elle part en réalité souvent des symptômes présents chez les patients et considère que ceux-ci peuvent être améliorés par des vitamines et des oligo-éléments choisis selon des critères qui ne sont pas forcément scientifiques ni validés. De même la prise de médicaments, la pollution industrielle, qui  « surconsomment » tous les micronutriments sont des motifs à la supplémentation, pour eux. Il en est de même de la fatigue liée à des suites infectieuses, au surmenage, au stress qui donne également lieu à une « surconsommation ».
 
Qu'il y ait une réalité à l'impact de certains micronutriments sur ces types de problèmes, est indéniable. Mais comment s'y retrouver entre une fatigue liée à un déficit en fer ou à un déficit en sélénium ... si les éléments éventuellement en cause n'ont pas été identifiés de manière précise, au préalable.
 
Et pour certains éléments, même des apports alimentaires optimaux, n'apporteraient pas les VOS en certaines vitamines et oligo-éléments. C'est ce qu'affirme par exemple Blumberg J : « les doses optimales de vitamine E ne peuvent pas être satisfaites par l'alimentation actuelle. Une supplémentation est forcément nécessaire ». Ce type de dose utilisée dans l’étude SU.VI.MAX  n'a apparemment pas apporté de bénéfice, ni dans la prévention des cancers, et surtout pas dans la prévention des infarctus où elle était censée être efficace.
 
L'alimentation et la supplémentation individualisée
 
Ce 3e point de vue, émergent, est en train de gagner, au fur à mesure de l’avancement des études d’intervention, ses lettres de noblesse. Selon Lecerf JM : « la supplémentation en micronutriments commence à  avoir ses lettres de noblesse en prévention avec l’étude SU.VI.MAX. Oui, les micronutriments ont des propriétés nutritionnelles et cela conforte le fait que la nutrition a de puissants effets ».

·   Points forts

La mise en pratique de ce 3e point de vue, est le fait de professionnels de la santé dont le premier souci est de faire passer en 1ère intention l’Alimentation Saine en quantités suffisantes. Avec des moyens plus ou moins adaptés : enquête alimentaire, questionnaire de fréquence alimentaire..., coaching comme aide aux transformations des habitudes alimentaires, binôme avec des diététiciennes... car il n’est pas toujours facile de réformer ses habitudes alimentaires. Les comportements alimentaires sont ancrés, on ne peut pas en changer comme on change de chemise. « La façon de manger est un marqueur de l'identité sociale, culturelle et individuelle, il est difficile d'y renoncer » (Le Barzic M) (www.doctissimo.fr/html/nutrition/mag_2003/mag0110/nu_6357_comportement_alimentaire.htm).
  Il faut des motivations en béton pour changer ses habitudes, d'où la floraison de consultations avec un coaching associé. Si le motif est juste d'équilibrer son alimentation parce que c'est bien vu ou pour la prévention des cancers ou pour être en forme, ce n’est pas gagné d'avance.
 
En tout état de cause, tous ces professionnels de la Santé ont une expertise nutritionnelle et comportementale, ce qui ne les empêche pas d'avoir du « mal » avec certaines des personnes faisant appel à leurs services. Pour cette raison, ils se tournent également vers la complémentation. Le mot supplémentation n'étant plus utilisé en France tout comme en Europe, on parle de complémentation (compléter ce que l'alimentation n'a pas apporté : ce qui est beaucoup plus exact comme terme que celui de supplémentation) et pour cela on se sert de compléments alimentaires.
 
Mais  la complémentation n’a rien de systématique : c'est en cela que ce 3e point de vue est en rupture. Ces professionnels de la Santé ont particulièrement bien intégré la notion de déficit et de VOS. Déficit = risque à court terme de voir s'installer un dérèglement des fonctions et éventuellement une maladie à long terme ; combler ce déficit et tenter d'approcher le plus possible des VOS, garantes d'une prévention fiable et validée. Attention : VOS en tel ou tel élément ne signifie pas qu'il n'y ait aucun risque de faire un cancer, mais bien de bénéficier du Potentiel de Prévention lié à ces éléments, identifiés comme étant Protecteurs. S'agissant des cancers, la Protection possible avoisine les 30 %. Qui ne serait pas preneur !
 
·   Points faibles

La mise en œuvre de cette troisième prise de position se heurte aux mêmes points faibles que la première : difficulté d'arriver à faire en sorte que les personnes puissent tendre vers une Alimentation Saine tenant compte des recommandations qualitatives et quantitatives énoncées par le FMRC.
 
Mais cette troisième prise de position va devoir tenir compte d'un autre handicap possible. En effet, la cohérence de cette prise de position réside dans le dépistage de déficits et éventuellement leur prise en charge individualisée. Or ce dépistage, axe fondamental dans le domaine de la prévention en général, ici vis-à-vis des cancers, se fait à l'aide d'examens biologiques spécifiques, dont certains de pointe. Problème, un certain nombre de ces examens ne sont actuellement pas remboursés. On peut évidemment se rabattre sur les enquêtes alimentaires ou les questionnaires de fréquence, mais ces outils présentent de sérieuses limites, répondant relativement bien à la demande pour des études de population mais au niveau individuel on ne peut pas en dire autant.  Hercberg confirme que : «  la mesure des apports alimentaires permet d'évaluer un risque de non- couverture des besoins, mais ne permet pas d'affirmer la non- couverture de ces besoins, encore moins la déficience. Il est donc impossible de conclure par les enquêtes alimentaires, autrement qu'en termes probabilistes, sur les risques de non- couverture des besoins nutritionnels. La seule façon d'objectiver la réalité de la carence ou de la déficience consiste, dans l'état actuel des connaissances dans ce domaine, à utiliser des paramètres biochimiques » (www.sante.gouv.fr/htm/actu/nutri2000/nutri026.htm).
 
Autre point faible : pour arriver à boucler la boucle, en face-à-face avec un patient, il faut beaucoup de temps. On ne peut pas en voir beaucoup et cela a également un coût, pas forcément intégralement  pris en charge.
 
Un dernier point faible, et non des moindres, est celui concernant la quasi-absence de formation des médecins, en règle générale, dans le domaine de la Prévention. La Faculté de Médecine ne propose rien en dehors du diplôme de nutrition dispensé aux endocrinologues. Ils ne sont pas suffisamment nombreux et sont très pris, s'occupant plutôt de maladies (obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires etc.). Il y a une pénurie criante de professionnels de la santé qui pourraient mettre en œuvre  ce type de prévention.
 
Mon point de vue
 
Je me place du côté des tenants de «  l'alimentation et la supplémentation individualisée » ou plutôt «  l'Alimentation et la Complémentation Individualisée, l’ACI ». Certaines de mes motivations sont rattachées à trois critères qui ont fortement déterminées cette décision.
 
Le premier est en relation avec mon métier, la biologie. Mon souci, a toujours été de traquer le mieux possible les déficits éventuellement présents chez les individus. Cela se réalise essentiellement à partir du sang et des urines. Tout le monde est d'accord maintenant pour reconnaître qu'il n'y a pas mieux pour déceler un manque en éléments protecteurs : c'est carré, objectif, rationnel... Ainsi Hercberg précise que : «  le terme de déficience (en vitamines  ou minéraux) doit être réservé aux états de déficits objectivables uniquement sur le plan biologique par l'utilisation de marqueurs de réserves ou permettant de mettre en évidence des conséquences fonctionnelles en rapport avec l'insuffisance des nutriments ».
 
 Hercberg S formalisait déjà dans les années 70, le concept de déficience nutritionnelle dont la quintessence était la suivante : un déficit objectivé par la biologie peut potentiellement avoir des conséquences, sur la Santé en général : « les données épidémiologiques dans ce domaine ont fourni également des arguments de présomption « forte »  en  faveur  de  l'existence  de liens entre  les  apports  en  ces minéraux  et   vitamines antioxydants et le risque de développement de maladies » (http://ist.inserm.fr/BASIS/elgis/fqmr/rapp/DDD/509.pdf).
 
C’était extrêmement novateur et prémonitoire à l'époque, cela s’est pleinement vérifié par la suite. C'est aujourd’hui un des Concepts Fondateurs de la Prévention.
 
Le deuxième est lié à l'écriture d'un livre sur le Régime Crétois. Vous me direz, de quoi se mêle un biologiste, il y a suffisamment d'experts nutritionnistes mieux placés. Probablement. Mais à cette époque, en 1996, à part Renaud S (Le régime santé O.Jacob)  et de rares personnes, peu de nutritionnistes faisaient du prosélytisme pour ce Régime Santé et tout aussi rares étaient ceux qui avaient compris son impact unique sur une des facettes des maladies coronariennes. Il s'agissait de l'Action Santé Rapide, au bout d’environ 2 mois, des oméga 3 sur la prévention de la formation de caillots au niveau des artères. Ce régime procure une protection inégalée vis-à-vis des maladies coronariennes.  De plus, cerise sur le gâteau, il s'est révélé que ce régime était également protecteur vis-à-vis des cancers.
 
 Le troisième découle d’une question récurrente formulée par n’importe quel médecin en présence de bilans perturbés : et alors ? Et après ?  Car pour corriger d'éventuels déficits ou perturbations d’ordre fonctionnel, il faut  passer aux préconisations générales mais surtout individualisées. Après, les recommandations devaient-elles uniquement être nutritionnelles ou bien aussi y associer une complémentation spécifique ?
 
En règle générale, quand une personne n'a pas de déficit ni d'excès, en certains éléments, on peut considérer qu'elle a une Alimentation Saine et qu'elle a un Capital Santé bien fourni. Par contre, quand une personne a un déficit ou un excès, surtout quand il s'agit de certains éléments, on peut sans risque de se tromper affirmer que son alimentation n'est pas saine.
 
Et des déficits, pour ne parler que d’eux, il y en a, il n'y a pas besoin de chercher une aiguille dans une meule de foin. Je cite Hercberg S : « des fractions plus ou moins importantes de populations présentent des valeurs « basses » pour les marqueurs biologiques d'évaluation du statut en certaines vitamines ou certains minéraux, valeurs qui peuvent être considérées comme d'éventuels stigmates biochimiques évocateurs de déficience (et non de carence) ». Pour ma part, je confirme au vu de nos résultats personnels que la fréquence des déficits est variable selon les éléments dosés et parfois relativement importante pour certains d'entre eux (par exemple sélénium, béta-carotène, lycopène, oméga 3…).
Dans ce cas, premier temps opération renflouage du Capital Santé à l’aide d’un Régime Santé. Les conseils ne sont pas toujours suivis, car il y a des résistants, au masculin de préférence. Il y a aussi les personnes qui veulent bien, mais cela ne se fait pas comme un simple clic. Et puis il y a les personnes qui n'ont pas les revenus suffisants pour remplir toutes les conditions d'une Alimentation Saine. Eh bien, toutes ces personnes, vu les résultats encourageants et surtout significatifs de la Complémentation en terme de Prévention rapportés par les études d'intervention, la prise de compléments alimentaires adaptés, le temps qu'il faut, pour combler le déficit par une Alimentation Saine ou plus longtemps pour celles et ceux n'ont pas de revenus suffisants, me paraît justifiée.
 
Et de grâce, qu'on arrête de  qualifier les compléments alimentaires de «  pilules miracles » ou «  de suppléments médicamenteux, ne pouvant pas être pris au long cours et à forte dose ». La pilule a réellement été utilisée ça c’est indéniable, quant au miracle je ne sais pas s’il a eu lieu ; je n’ai pas la compétence pour en juger ! Par ailleurs les compléments alimentaires ne sont pas des «  suppléments médicamenteux », la législation européenne en interdirait l’usage. Je dirais même à des doses inférieures à celles utilisées dans l’étude SU.VI.MAX. «  Au long cours » : un complément alimentaire, dans l'optique Alimentation et Complémentation Individualisée (ACI) s'utilise le temps de combler un déficit quand celui-ci existe. Cela évite d'aller vers des excès qui sont eux certes préjudiciables.

A. B. 
Juin 2008


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