Prévention hygiéno-diététique des cancers > Prévention : les étapes


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André BURCKEL Pharmacien biologiste
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La Prévention par la Nutrition | Mieux vaut prévoir et prévenir que guérir | La mise à l'index de la supplémenation | Réflexion sur les VOS | Biologie individualisée, Santé et Pratique préventive | Des recommandations hygiéno-diététiques | Des preuves de prévention des cancers

Mieux vaut prévoir et prévenir que guérir

Une vieille tradition à réactualiser
 
Il paraît que dans certaines civilisations anciennes on avait compris ce que nous avons tant de peine à appliquer aujourd'hui, le médecin devait coûte que coûte, garder ses patients en Bonne Santé. La survenue de la maladie était considérée comme un échec. La médecine préventive ne nous a pas attendus !
 
Qu'en est-il chez nous ou tout simplement dans le monde occidental ? Militant depuis 1982 pour la Prévision personnalisée débouchant en cas de déficits ou de dérèglements sur la Médecine Préventive Individualisée (MPI), j'ai toujours été favorablement surpris, surtout depuis quelques années, par l'engouement des médecins pour cette stratégie santé.
 
Malheureusement, le médecin n’a pas été formé à la Prévention. Il est souvent obligé de grappiller les informations là où il peut, de plus elles ne sont pas toujours de première fraîcheur et il ne pourra pas forcément en vérifier leur exactitude. La Prévention n'est pas enseignée en Faculté de Médecine ou si peu. De plus, il y a peu d'investissements dévolus à la Prévention, la prévention restant le « parent pauvre de l'activité médicale » (Spira A, M/S 2005).
 
Je regrette également que l’information tournant autour de la Prévention n’atteigne que les couches sociales aisées et les plus instruites. Comme vous le verrez par la suite, nul besoin d’avoir un Bac +10 pour comprendre le bien-fondé en termes de Santé d’un certain nombre de mesures préventives et surtout de les appliquer. Nul besoin non plus d’appliquer d’emblée toutes celles qui seraient justifiées pour vous. Il vaut mieux en appliquer une mais à fond, plutôt qu’aucune ou plusieurs mais mal.
 
Et enfin, il faut arrêter de penser que la Prévention « ne marche pas ». Karsenty S (Que choisir santé 1992) nous met en garde contre ce type de réflexion : « Gare aux confusions ».  « A ce compte là, un moteur dont personne ne veut actionner le démarreur ne marche pas non plus. La faible propension à prévenir les maladies est patente aujourd'hui, si on la rapporte à la capacité scientifique de la faire... L'efficacité technique de ce que recommandent les experts n'est pas en cause ». En clair, la prévention marche, je dirais même qu'elle avance à grands pas et qu'elle ne s'est jamais aussi bien portée. Vous en verrez des exemples avec la certification scientifique et cela n'est pas prêt de s'arrêter. Bien au contraire.
 
Tout cela aurait pu être démotivant mais ne m’a pas empêché de poursuivre ma quête et mon investissement dans ce domaine. Il faut reconnaitre que les preuves scientifiques de l'efficacité de la prévention en 1982 étaient plutôt minces.
 
De 1982 à 2008 : une révolution
 
Etant biologiste je me sers depuis 1982 d'outils biologiques prévisionnels comme d'autres se servent des examens cliniques, de l'imagerie médicale, des enquêtes alimentaires... Et dans mon domaine j'ai connu une révolution : celle des Valeurs Optimales Santé (VOS) avec son corollaire, Ni Trop, ni Trop Peu.
 
-   La révolution : des  Valeurs Optimales Santé (VOS)
 
Pour un certain nombre d'éléments identifiés comme ayant une action favorable sur la Préservation de la Santé, on connaît, pour une population donnée, le seuil à atteindre pour engranger la Protection Optimale assurée par ces éléments. Et c'est là que le biologiste notamment intervient en mesurant la quantité de tel ou tel élément présent dans votre organisme (sang, urines…), ce qui permet d'évaluer votre Niveau de Protection Actuel vis-à-vis de tel ou tel problème.
 
Détaillons les différents Niveaux de Protection Possibles, le raisonnement se faisant élément par élément :
   -  Valeur Très Inférieure à la VOS : Absence de Protection, qui peut dans certains cas, constituer en plus un facteur de risque de développer une maladie.
   -  Valeur Inférieure à la VOS : Protection Faible voire Moyenne, c'est un bon début, mais il y a mieux à faire et on peut, à condition de suivre certaines recommandations.
   -  Valeur à l’Intérieur de la VOS : Protection Optimale, c'est parfait, le risque de survenue de maladie en relation avec l’élément dosé est quasi-nul.
   -  Valeur Supérieure à la VOS : cela peut paraître paradoxal, mais cette zone est également qualifiée de zone à risque de développer une maladie.
 
-   Ni Trop, ni Trop Peu

L'adage : Ni trop ni Trop Peu, se justifie parfaitement concernant l’Optimisation de la Prévention liée aux éléments identifiés comme étant protecteurs. Nous sommes là face à une découverte majeure, longtemps passée inaperçue avec ses deux clignotants :
   -  Trop peu, signifie qu'on manque de quelque chose. On appelle cela un DÉFICIT.
   -  Trop, signifie que la coupe déborde. On appelle cela un EXCÈS.


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Autrement dit, si vous n'avez pas de déficit, ni d'excès en éléments protecteurs, vous avez fait un grand pas en terme d’Optimisation de votre Capital Santé. Pour vous donner une petite idée, la mise en œuvre de stratégies de prévention basées sur les résultats d’études d’épidémiologie et d’intervention a rapporté les faits suivants : au sein d’une population 30% des cancers peuvent être évités, 50 % des infarctus mortels, 70 % des  morts subites d'origine cardiaque... Aucun médicament ne peut en faire autant et de toute manière il ne comblera pas le déficit, dont il faudra s'occuper tôt ou tard. Pas trop tard si possible.

La prévention des cancers
 
Est-il vrai qu'on peut prévenir les cancers par l'alimentation ?
 
Tout le monde est d'accord maintenant : les habitudes alimentaires ont un impact sur le risque de développer ou non un cancer. On le savait déjà pour certaines habitudes de vie, tabac, alcool... Par exemple, il y a des pays où on recense 20 ou 30 fois moins de cancers du sein, du côlon, de la prostate que d'autres. Ces cancers touchent essentiellement les pays développés, la France n'étant pas en reste dans ce domaine.
 
Ne pensez pas un seul instant que c’est génétique et qu'on est plus ou moins résistant. En Chine ou au Nigéria il y a moins de cancers du sein qu’ailleurs (w.w.w.agrobiosciences.org). Par contre quand ces personnes vont vivre dans un pays où ce type de cancer est répandu, et qu'elles adoptent l'alimentation de ce pays, elles vont avoir le même risque de cancer du sein ou du côlon. Formidable ! L'alimentation peut nous protéger ou nous rendre malade. Profitons de cette information capitale en termes de Santé, identifions les aliments bénéfiques et privilégions ceux-là. Et vous verrez on peut très bien manger, sans passer par des recettes insipides, ni succomber à la monotonie. Pour Corpet D, « la bonne nouvelle c'est qu'on peut éviter ces cancers, pour le poumon, 9 sur 10, pour le côlon 2 sur 3, pour le sein 1 sur 2, en changeant de mode de vie, notamment en mangeant mieux » (www.agrobiosciences.org/article.php3?id_article=1094&var_recherche=Corpet). Ce qu'il y a d'incroyable, mais qu’importe, on est sûr qu'on peut diminuer la survenue des cancers, sans forcément connaître le(s) mécanisme(s) de protection en cause, dans la majorité des cas.
 
Quelle alimentation ?
 
Le Fonds Mondial de Recherche contre le Cancer (FMRC) a rendu son verdict : «  les alimentations ayant un effet protecteur contre le cancer sont principalement composées d'aliments d'origine végétale » ce qui donne lieu à quelques directives :
   -  «  La population doit consommer en moyenne au moins 600 g par jour de légumes non féculents et de fruits ». Variez les couleurs : rouge, vert, jaune, blanc, violet, orange... ainsi que les produits à base de tomates et des plantes comme l'ail, les échalotes...
   -  «  Intégrer à l'alimentation quotidienne de la population au moins 25 g de polysaccharides non féculents sous forme de céréales (graines) et ou de légumes secs relativement peu transformés ou ainsi que d'autres aliments riches en fibres ».
On peut citer comme légumes non féculents les légumes verts à feuilles (brocolis, gombos, aubergines…). Les pommes de terre, ignames, patates douces et manioc sont des légumes féculents. Les carottes, topinambours, céleris-raves, rutabagas et navets…font partie des légumes racines et tubercules non féculents.
 
Dans ce paragraphe on est au cœur de la Prévention du Cancer. On ne peut pas espérer se protéger du risque de cancer si on ne centre pas ses plats autour de l'essentiel des aliments d’origine végétale cités et non de ceux d'origine animale. www.fmrc.fr/informations/grand_public.lasso et pour commander le rapport www.dietandcancerreport.org.
 
Question ultime : cru, cuit, frais, congelés, conserves... Il y a probablement des différences, mais comme il n'y a pas de réponse argumentée à votre disposition, variez. Bon, les tomates crues, sans huile, si on aime, pourquoi pas. Mais les tomates contiennent notamment une vitamine, le lycopène, qui est soluble dans l'huile, donc mieux assimilé et transporté, dans celle-ci. Il y a donc intérêt à mélanger tomates et huile, et pas n'importe laquelle (olive, colza, noix) : salade, tomates cuites à l'huile, tomates confites, tomates séchées présentées dans l'huile. Pareil pour les carottes… Pour l'ail, cru. Exemple quand on écrase l'ail cru pour préparer l'aïoli, ou qu'on le coupe en  petits morceaux pour la salade, un des principes actifs de l'ail, dans la prévention des cancers, se forme par une réaction enzymatique.
 
En moyenne 600 g de légumes et de fruits
 
Ayant toujours à l’esprit cette notion capitale des Valeurs Optimales Santé (VOS). Ici il s'agit d'un poids  en légumes et fruits à atteindre pour assurer une Protection Optimale. En biologie, il s'agit d'une Concentration Optimale au niveau du sang, des urines…, des éléments présumés comme étant protecteurs. De plus en plus d'études utilisent la biologie pour évaluer le degré de protection ou à l'inverse de risque de cancer. L'avantage de cette pratique réside dans sa précision car les aliments consommés n'arrivent pas toujours sur le lieu où ils sont censés être efficaces, ne fût-ce qu'en raison d'une assimilation défectueuse. Il est possible de mesurer certains éléments protecteurs, d'évaluer le niveau de protection atteint. Malheureusement on ne peut pas encore le faire pour tous les éléments identifiés comme étant potentiellement protecteurs. La mesure de ces éléments dans l'étude SU.VI.MAX a permis de découvrir que le béta-carotène, un des éléments protecteurs majeurs issu des carottes, était probablement l’élément majeur responsable de la  protection, de l'ordre de 30 % aux hommes vis-à-vis des cancers toutes causes confondues. Aucun effet chez les femmes. Pourquoi cette différence de protection ? Tout simplement parce que les femmes étaient dans la VOS en béta-carotène et non les hommes. Cela veut dire, et c'est un point capital : seules les personnes ayant des déficits et qui ne sont donc pas dans les VOS vont bénéficier, de façon concrète, de la protection ainsi que de la diminution des facteurs de risque.
 
Nous touchons du doigt un point dont je reparlerai souvent, un déficit expose au minimum à un dérèglement, et si celui-ci est présent trop longtemps il peut donner lieu à une maladie ; un seul leitmotiv : dépister et combler. Dépister un déficit à l'aide d'un outil prévisionnel  biologique permet s'il est présent de combler ce déficit pour supprimer le dérèglement induit par le déficit. Je vous assure que cela constitue un des moyens de préventions les plus efficaces que je connaisse. S’il n’y avait qu’une seule démarche de prévention possible, pour une raison quelconque, je privilégierai celle-là : elle est simple, objective, validée et peut rapporter gros. En tout cas cette démarche va assurément étoffer votre Capital Santé.
 
Comment fait-on la relation entre prévention du cancer et alimentation ?
 
D'abord ces recherches sont réalisées dans de nombreux pays, pour ne citer que les États-Unis, le Canada, le Japon, l'Australie, l'Allemagne, la Hollande, l'Angleterre... et bien sûr la France. La procédure paraît assez simple. Les enquêtes alimentaires sont réalisées aussi bien chez les personnes qui ont fait un cancer que celles indemnes. Il faut des groupes importants afin de réaliser des statistiques solides. Cela a permis de repérer que les légumes et fruits sortaient du lot et avaient donc un avantage net dans le domaine de la protection du cancer. En dehors du domaine de l'alimentation, c’est ce type d'étude qui a permis d'apporter la preuve flagrante que le tabac était le responsable quasi-unique du cancer du poumon.
 
De la même manière, si on identifie que la consommation relativement fréquente de charcuterie ou d'aliments grillés au barbecue entraîne des cancers de manière plus fréquente, il faudra ensuite apporter la preuve qu'il s'agit bien de ce type d'aliments ou s'il s'agit de personnes ne consommant pas assez de légumes et/ou de fruits en même temps. Pour répondre à ces questions où la vie de personnes est en jeu, seule l'expérimentation sur un modèle animal adéquat est possible. Et c’est ce qui est réalisé pour un certain nombre d'aliments dits pro-cancérigènes.
 
Du nouveau dans l'étude des relations entre prévention du cancer et alimentation
 
-   Des marqueurs biologiques
 
Depuis un certain temps on se rend compte que les enquêtes alimentaires ne sont pas très précises. Pour pallier cette imperfection les investigateurs utilisent de plus en plus des marqueurs biologiques. En effet, certaines substances contenues dans les légumes, les fruits, les céréales, les légumineuses, les graisses... peuvent être dosées.
 
Plusieurs avantages à cette manière de procéder. Il s'agit :
   -  d'une évaluation objective.
   -  du reflet non seulement de ce qui a été consommé mais aussi de ce qui a été assimilé. Car une chose est d’affirmer j'ai mangé 100 g de tomates, une autre est de savoir quelle quantité d’un des éléments majeurs de la tomate en terme de protection, le lycopène, est parvenue à destination. Car il suffit que vous ayez une défectuosité du transporteur du lycopène et de facto une partie, non négligeable voire importante, ne passera pas et sera éliminée dans les selles.
   -  du statut de ce qui est disponible pour agir à tel ou tel endroit. Là aussi, il suffit que certaines enzymes qui transforment les substances actives, les détruisent partiellement pour se retrouver dans la dèche ; de même, admettons que votre corps, parce qu’il y a une inflammation à bas bruit, ou de l'oxydation toujours à bas bruit, ait besoin de ces substances protectrices, celles-ci seront consommées, et ainsi soustraites de votre stock.
 
Il y a encore bien d'autres situations qui peuvent entamer votre Capital Protection. Il en sera question à chaque fois que je vous parlerai d'une de ces situations.
 
-   Des études d'intervention
 
Poursuivons notre raisonnement. Quel est un des moyens les plus sûrs d’identifier qu’une substance contenue dans un aliment est réellement protectrice ? C’est d’autant moins simple que les aliments peuvent contenir plusieurs substances bénéfiques. Pour imparfait que cela puisse paraître, spéculons qu’il soit possible de tester l'efficacité d'une ou de plusieurs substances, bien identifiées, on appelle cela une étude d'intervention et si cette substance se révèle être efficace et de manière significative vis-à-vis des cancers, on peut imaginer qu’un manque ou déficit en cette substance puisse constituer un facteur de risque de cancer.
 
Il y a un certain nombre d'études qui ont été mises en place pour prouver l'efficacité de certaines substances avec des bonheurs divers. Je vais tenter, le plus fidèlement possible, de vous restituer les différentes données issues de l’étude française SU.VI.MAX (SU=supplémentation ; VI=vitamines ; MAX=minéraux encore appelés oligoéléments antioxydants) et d’apprécier les retombées pratiques.


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-   L’étude SU.VI.MAX
 
13 000 françaises et français volontaires, ce n’est pas rien. Une étude menée par Hercberg S. et ses collaborateurs comme une étude sur un médicament.  Sauf que le médicament était une pilule contenant : 6 milligrammes (mg) de béta-carotène, 120 mg de vitamine C, 30 mg de vitamine E, 100 microgrammes (µg) de sélénium et 20 mg de zinc. Toutes les vitamines employées lors de cette étude étaient d’origine non alimentaire (www.sante.gouv.fr/htm/pointsur/nutrition/poli_nutri123.doc).    
La dose de vitamine E utilisée lors de cette étude ne peut en aucun cas être apportée par l'alimentation courante car l'essentiel de la vitamine E provient du gras ou d'aliments riches en calories. Notre consommation courante est de l’ordre de 10 à 15 mg par jour. La quantité avait été montée à 30 mg parce que tout le monde pensait en 1994 que la vitamine E, à cette dose, pouvait apporter une protection contre l'infarctus. Depuis, on sait que la vitamine E ne marche pas dans ce domaine, donnée confirmée par l'étude SU.VI.MAX. Point positif, elle n’a fait de mal à personne, ce serait dommage de ne pas le signaler.  Tous les autres éléments étaient à des doses pouvant être atteintes par l'alimentation courante.

  -  6 mg de béta-carotène correspondent à 60 g de carottes crues ou 80 g de carottes cuites ou 150 mg de mâche ou d'épinards ou 250 g de haricots verts...
   -  120 mg de vitamine C correspondent à une orange ½, un kiwi ½, 100 g de poivrons cuits...
   -  5 mg de vitamine E correspondent à 3 cuillères à soupe de 10 g d'huile de colza ou d'olive, ou 50 g de germes de blé ou 40 g de noisettes non salées ou 40 g d'amandes non salées...  Il est vrai que 2 cuillères à soupe de 10 g d’huile de tournesol apportent 2 fois plus que les 3 cuillères à soupe de 10 g d’huile de colza.  Mais je ne vous la conseille pas car ce n’est pas une huile équilibrée, elle ne trouve pas sa place dans la rubrique Aliment Santé.  Donc pour arriver à 10 mg de vitamine E, 3 cuillères à soupe d’huile de 10 g de colza + 50 g de germes de blé… seront nécessaires.
   -  100 µg de sélénium ne sont pas faciles à apporter. Pour 50 µg il faut déjà 150 g de pain complet (voir liste des aliments riches en sélénium).
   -  20 mg de zinc sont apportés par 150 g de pain complet (15 %)  + 100 g de jambon + 30 g de fromage + 200 g de riz complet (voir liste des aliments riches en zinc).
La moitié des volontaires prenaient un placebo, et l'autre moitié la pilule avec vitamines et oligo-éléments. L'étude a démarré entre octobre 1994 et juin 1995 et elle s'est terminée 7,5 années après. Durant cette période il y a eu 174 décès  (103 hommes et 71 femmes) ; 271 infarctus (221 hommes et 50 femmes) ; 562 cancers (350 femmes et 212 hommes). Pour les décès, 47 chez les femmes et 56 chez les hommes de cancer ; 5 femmes et 28 hommes d’origine cardio-vasculaire ; 12 femmes et 2 hommes de cause violente ou d'accidents.
 
-   Quels sont les enseignements de cette étude ?
 
Le risque de cancer et de mortalité cardiovasculaire est plus élevé chez les hommes qui ont les taux de béta-carotène sanguin les plus bas. Toujours cette notion de VOS et d’écart plus ou moins important par rapport à celle-ci. Plus on s'en écarte, soit vers le bas dans certains cas soit vers le haut pour d'autres cas, moins on est protégé et plus on court de risques de maladies.
Ce risque net n'a été retrouvé que chez les hommes présentant des valeurs relativement basses en béta-carotène ; il n'est pas retrouvé chez les femmes car elles ont des taux de béta-carotène sanguin plus élevés ; elles mangent mieux que les hommes, mais ça on le savait. Cette conclusion ne s'applique évidemment ni à tous les hommes ni à toutes les femmes. Il s'agit d'une tendance globale, il y a des hommes (une minorité) qui avaient un taux de béta-carotène sanguin élevé, dans la zone de la VOS en béta-carotène et des femmes (peu) un taux de béta-carotène sanguin bas, donc éloigné de la VOS en béta-carotène.


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 -  31 % du risque de cancers en moins, quelle que soit la localisation, chez les hommes qui ont pris la « pilule SU.VI.MAX ». Aucun effet sur les cancers chez les femmes. Quand on dit 31 %, c'est une moyenne. Chez certains c'était 9 % et chez d'autres  - 47 %. Cela dépendait de l’importance de leur écart par rapport à la VOS en béta-carotène.
 -  37 % de risque de décès en moins chez les hommes prenant la « pilule SU.VI.MAX ». Absence d'effet chez les femmes.

 
-   Absence d’effet sur les cancers chez les femmes
 
Concernant les femmes, l'observation « absence d’effet sur les cancers » appelle plusieurs remarques : étant donné que la majorité d'entre elles avaient un taux de béta-carotène proche de la VOS en béta-carotène elles ne pouvaient plus bénéficier d'une protection supplémentaire : ceci est bien connu. En effet, dans le rapport du Comité de Coordination de l'étude SU.VI.MAX on note : « les femmes ont à l'inclusion un meilleur statut en béta-carotène et en vitamine C que les hommes... La différence dans le statut en béta-carotène entre les sexes pourrait expliquer la différence d'effet obtenu par l'apport supplémentaire des vitamines et minéraux antioxydants ».  Ce qui signifie qu’il n'y a aucun intérêt à forcer la dose en pensant que cela ne risque pas d’induire des problèmes. Bien au contraire, la VOS en béta-carotène comme toutes les VOS a des limites relativement précises dont il faut tenir compte, en sortir que ce soit en-dessous ou au-dessus pourrait constituer un facteur de risque.
 
-   Plus de cancers cutanés chez les femmes : est-ce VALIDE ?
 
Les cancers cutanés, carcinomes comme mélanomes, seraient augmentés chez les femmes recevant la « pilule SU.VI.MAX », telle est la conclusion d’une des publications découlant de l’étude SU.VI.MAX (Hercberg S et coll. J.Nutr.2007). Que faut-il REELEMENT en penser alors que l’essentiel des résultats montrait jusqu’à présent une absence d’effet sur les cancers chez les femmes ?
 
 
Pour répondre plus précisément à cette question, il est nécessaire de décortiquer les résultats issus de la publication internationale, le condensé de l’étude repris en France étant trop succinct (www.jle.com/fr/revues/agro_biotech/ocl/e-docs/00/04/1C/95/article.md?type=text.html-).
 
Quels sont les résultats REELS ?
 
Dans un sous-groupe de femmes, la supplémentation aurait induit la survenue d'un nombre plus important de cancers de la peau avec une mention particulière pour le mélanome.
 
Mes commentaires
 
   ·  L'analyse manque de robustesse au niveau statistique, ce pour plusieurs raisons : a) l'objectif principal de l'étude SU.VI.MAX n'était pas d'étudier la relation entre supplémentation et risque de cancer cutané, tirer des résultats a posteriori me paraît complexe ; b) le nombre de cas de cancers exploitables dans l’analyse statistique était faible (157 pour les 4 sous- groupes : 2 sous- groupes placebo et supplémentation chez les femmes ; 2 sous-groupes placebo et supplémentation chez les hommes) : soit au total 84 cancers chez les personnes supplémentées. Et pour les mélanomes où le risque paraissait le plus inquiétant, le nombre était encore plus limité (3 pour les femmes sous placebo et 13 pour les femmes supplémentées ; 3 pour les hommes sous placebo et 6 pour les hommes supplémentés).
 
   ·  L'autoévaluation de l'exposition solaire des personnes n'a pas été réalisée. Cela aurait pu avoir un intérêt, le temps d'exposition aux UV sans protection, notamment dans l’enfance,  constituant un facteur de risque de mélanome.
 
   ·  Dans l’article français, les auteurs émettent l’hypothèse que l’augmentation du risque de cancer cutané est due à un excès de béta-carotène chez ces femmes. On lit que « l'apport de 6 mg  de béta-carotène (contenu dans la « pilule SU.VI.MAX ») ajouté à l'apport alimentaire  de 3,4 mg de béta-carotène (estimé par l’enquête alimentaire) atteint le seuil de sécurité au niveau cutané car le béta-carotène s'accumule à ce niveau, ce qui entraîne d'ailleurs une coloration caractéristique en cas d'apports importants ». Emettre une hypothèse de cet ordre, rendant le béta-carotène responsable et de plus, en fixant un seuil de sécurité en béta-carotène, au-delà duquel on s’expose à un risque (ici surtout de mélanome) n’est pas anodin. Afin de pouvoir vous donner un avis circonstancié, il a fallu décortiquer tout l’article y compris la partie technique.
 
   ·  En comparant le paragraphe « méthodes et appareils » (= équivalent de recettes de cuisine en y ajoutant le matériel utilisé pour exécuter ces recettes) et le paragraphe « discussions » (= équivalent de réflexions, hypothèses, certitudes, etc.) découlant de l’étude ou de comparaisons avec d’autres études similaires, il y a une discordance. Dans la partie «  méthodes et appareils » les auteurs mentionnent avoir estimé les effets de chacun des constituants de la «  pilule SU.VI.MAX » sur le risque de cancer. Pourtant dans la partie « discussions », on ne voit apparaître que les effets sur l’augmentation des cancers cutanés et surtout des mélanomes, reliés à la prise de la «  pilule SU.VI.MAX » donc de l’ensemble des constituants de celle-ci, et non du béta-carotène ou d’un autre constituant.
 
   ·  Discussion : a) le béta-carotène qui, selon le Comité de Coordination de l’étude SU.VI.MAX, porte la responsabilité de l'augmentation des cancers cutanés, ne peut pas dans l’état d’avancée de cette étude, être directement mis en cause, tant que la preuve formelle n’en aura pas été apportée. Pour cela il faudrait vraisemblablement corréler la concentration sanguine en béta-carotène de ces femmes au risque de survenue de cancers cutanés ; b)  concernant la proposition de calcul du Comité de Coordination de l’étude SU.VI.MAX, sur  les apports totaux en béta-carotène chez ces femmes : 6 mg contenus dans la «  pilule SU.VI.MAX » + 3,4 mg venant de l’alimentation = 9,4 mg au total. Pas de doutes au niveau arithmétique, mais pour le reste, les évaluations associées aux questionnaires alimentaires sont relativement imprécises. Dans ces conditions il me paraît difficile d’additionner une quantité standardisée, fixe à une quantité non standardisée, variable. De plus à consommation identique, la quantité qui sera disponible pour exercer des effets positifs ou négatifs ne sera pas équivalente d’une personne à l’autre. Seul un dosage biologique aurait peut-être permis d’avoir une idée plus précise du statut en béta-carotène des personnes concernées.
 
   ·  En conclusion, le travail statistique, notamment pour les mélanomes, porté par un trop petit nombre de cas ne permet pas d’émettre une déduction définitive. Concernant l’implication de doses élevées de béta-carotène, dépassant un certain seuil qui n’est d’ailleurs  pas encore fixé, sur l’augmentation du risque de cancers cutanés, il serait souhaitable d’être prudent avant de trancher de manière irrévocable.
  
-   Le béta-carotène : ange ou démon ?
 
Le béta-carotène, mais aussi les antioxydants sous forme de complément alimentaire augmenteraient le risque de cancer et entraineraient une surmortalité. Il serait bon avant d’entamer ce sujet d’aborder la problématique des doses. Concernant le béta-carotène, seules des doses importantes de béta-carotène, ont montré une augmentation des cancers du poumon et ce UNIQUEMENT chez les fumeurs. Et quelles doses !! 20 à 30 mg par jour soit jusqu'à cinq fois la dose habituelle de béta-carotène avec des augmentations  des taux de béta-carotène sanguin culminant de 3,9 jusqu'à 5,6 micromoles par litre en moyenne, ce qui est ÉNORME. Que ce soit l'étude SU.VI.MAX ou nos évaluations personnelles le taux de béta-carotène sanguin atteint après supplémentation à des doses nutritionnelles est  en moyenne de 1 micromole par litre soit quatre à six fois moindre. Il faut en tenir compte avant de « stigmatiser » le béta-carotène.
 
-   Combien de cancers et de morts en moins : ceci concerne plus particulièrement les hommes
 
On diagnostique, chaque année en France, à peu près 49 000 nouveaux cancers chez les hommes entre 45 et 65 ans.
 
Et voici la déduction du Comité de Coordination de l'étude SU.VI.MAX. Pour mémoire on avait vu qu’il y avait une diminution du risque de cancer de 31 % avec des écarts allant de 9 % à 47 %. Pour ne choquer personne, « l'hypothèse basse de 9 % a été prise comme base de calcul. Donc 49 000 nouveaux cas multipliés par 9 % = 4400 nouveaux cas de cancers qui pourraient être évités. Et si on étend cela à tous les hommes, sachant qu'il y a 135 000 nouveaux cas par an, 135 000 nouveaux cas multipliés par 9 % = 12 000 nouveaux cancers chaque année en moins si l'on prend le pourcentage minimal de diminution du risque de cancer. Ces estimations en terme de santé publique sont les plus minimalistes. Si les calculs avaient été réalisés à partir de la moyenne c’est-à-dire 31 % sur tous les hommes quel que soit leur âge cela pourrait éviter chaque année plus de 40 000 nouveaux cas de cancers ». Cela mérite de s'y arrêter et du moins, pour un homme, d'y réfléchir et de décider, en toute conscience, s’il y a lieu de mettre toutes les chances de son côté pour diminuer le risque de cancer de 30%. Aucun médicament ne pourrait atteindre un score aussi prometteur. Cela va encore plus loin. Cette étude n'a duré que 7,5 ans et a porté sur une population relativement âgée. De toute évidence certains des participants avaient probablement déjà un cancer ou du moins l'avaient démarré. Il n'est pas interdit de penser qu'une prévention mise en place plus tôt et/ou sur un temps plus long aurait encore donné de meilleurs résultats.
 
Et enfin pas de protection notée chez les femmes, sur des résultats soumis à une statistique froide. Mais n'oublions pas d'évoquer deux points qu’on ne peut pas passer sous silence : les femmes avaient déjà une valeur en béta-carotène sanguin proche de la VOS en béta-carotène. Il y a bien quelques femmes qui avaient une valeur éloignée de la VOS donc elles étaient en déficit mais elles n’étaient pas assez nombreuses pour pouvoir exploiter les résultats de ce sous- groupe de manière significative. J'en veux pour preuve que certaines études qui ont montré une protection non négligeable assurée par le béta-carotène chez les femmes vis-à-vis du cancer du sein. De plus les informations, équivalentes à des recommandations, envoyées au fur et à mesure aux participants de l'étude a encore rapproché plus les femmes de la VOS en béta-carotène. Même les hommes ont été en grande partie contaminés, leur concentration sanguine en béta-carotène a nettement augmenté, chez ceux qui ne prenaient pas de pilule. Ils ont donc simplement changé leurs habitudes alimentaires. Comme quoi c'est possible de changer les habitudes alimentaires des hommes, la preuve. De plus c’est une belle pierre dans le jardin de tous ceux qui ont pris le parti de mettre en doute les effets possibles d'une prévention : ça ne marche pas. Le clan des sceptiques colporte qu’aucune personne n'est prête à croire que des légumes et fruits peuvent s'attaquer au cancer et venir à bout de 31 % d'entre eux. Pire, ces mêmes sceptiques, sont persuadés que les hommes vont rester sourds à ces messages, et qu’ils ne les appliqueront jamais, leur culture alimentaire les en empêchant.
 
Quant à la diminution de la mortalité « l'interprétation est plus complexe ». Si on raisonne à partir des chiffres obtenus et qu'on les applique à tout le monde « on obtient une diminution notable de la mortalité prématurée (avant 65 ans), c'est-à-dire que l'intervention nutritionnelle permettrait de retarder la mortalité ».  Un sésame pour vivre plus longtemps !!  A suivre. Une nouvelle étude SU.VI.MAX 2 intitulée « Bien manger pour mieux vieillir » est en cours, avec des premiers résultats attendus pour 2009. Objectif : « mieux comprendre l’impact de nos comportements et de notre état nutritionnel sur la qualité du vieillissement »  (www.inserm.fr/fr/presse/communiques/hercberg_090108.html).
 
 L’effet «  hommes » : eux seuls bénéficieraient de la protection contre le cancer

-   C’est très accrocheur, mais n’a aucun sens
C’est très accrocheur pour un titre d’article, mais les auteurs de cette affirmation doivent réviser leur copie, il n'y a pas d'effet «  femmes » ni «  hommes » dans le domaine de la protection contre le cancer. Il n'y a qu'un seul effet : si les concentrations des éléments connus comme étant protecteurs sont situés plus ou moins loin des VOS c'est-à-dire qu'on a un ou des déficits et que celui-ci est installé depuis relativement longtemps, alors il y a un risque possible de contracter une maladie ici en l'occurrence un cancer. À l'inverse si on est proche ou dans la cible des VOS, alors on bénéficie de la protection attendue (31 % en moyenne chez les hommes dans l’étude SU.VI.MAX..., x % dans d'autres études). Cela ne veut pas dire qu'on ne fera pas de cancer, cela signifie qu'on est protégé à tant de %, ce qui est déjà BEAUCOUP.
 
Pour en finir avec cet effet «  hommes », qui n’a par ailleurs aucun sens, peut-être lié au béta-carotène dans l’étude SU.VI.MAX, des études conduites aux États-Unis et en Finlande n'ont pas montré d'effet protecteur chez les hommes d'une supplémentation en béta-carotène. Pourquoi ? Parce que les hommes ayant participé à cette étude n'avaient pas de déficit, que leur valeur en béta-carotène était proche ou dans la cible de la VOS en béta-carotène. Cette étude avait été faite en sélectionnant des professionnels de la santé aux États-Unis, dont des médecins. L'effet protection d'une supplémentation ne marche que lorsqu'il y a un déficit. Plus on est éloigné(e) des VOS, mieux ça marche. Oui, et ça marche. Que les sceptiques en prennent note, même s'ils n’adhèrent pas à cette démarche et  ne donnent pas de conseils dans ce sens.
 
-   Il faut arrêter d’amalgamer les études sur la prévention
Et qu'on cesse d'amalgamer des études qui n'ont pas marché ; d'autres qui ont donné des résultats négatifs c'est-à-dire une augmentation des cancers ; d'autres qui ont marché et de façon irréfutable.
 
Il est temps de ne plus mélanger les individus qui ont des Déficits, ceux qui ont des VOS et ceux qui ont  des valeurs Excessives, au sein de la même publication. Ces 3 groupes ne sont absolument pas comparables, on ne doit plus les amalgamer sous peine d’avoir des résultats qui font juste le bonheur des statisticiens mais qui n’ont aucune valeur scientifique. Tout cela au risque de bafouer une des stratégies les plus importantes dans le domaine de la prévention : identifier un déficit, le combler et si possible atteindre la VOS de l’élément déficitaire permet de supprimer, du moins en grande partie, un facteur de risque de faire éventuellement telle ou telle maladie avec comme résultat final une protection c'est-à-dire engranger des Actions Santé. C’est ce que l’on appelle optimiser son Capital Santé.
 
 Peters U conclut que le lycopène, un des éléments classés comme hautement protecteur vis-à-vis du cancer de la prostate, n'a aucune efficacité (http://cebp.aacrjournals.org/cgi/content/abstract/16/5/962). Cet auteur oublie juste un point Capital, les hommes ayant participé à cette étude avaient tous des valeurs sanguines aux moins égales à la VOS en lycopène (pour les plus bas), et les autres des valeurs supérieures à la VOS en lycopène. L’effet protecteur ne pouvait donc pas être mis en évidence puisqu'il était déjà pour tout le monde au maximum. Edifiant, mais c’est une fois de plus la preuve que la prévention ne marche que lorsqu’il y a un déficit objectivé et qu’il ne faut pas faire des statistiques sur des données qui ne sont pas comparables.
 
-   Cancer de la prostate : protection ou non ?
 
Il a été pratiqué environ 5000 dosages de PSA (Prostate Specific Antigen) chez les hommes ayant participé à l'étude SU.VI.MAX entre 1994 et 1995. À la fin de l'étude environ 3800 dosages ont à nouveau été réalisés. Le PSA est un marqueur bien adapté au dépistage du cancer de la prostate. Habituellement lorsque la valeur de ce dosage est supérieure à 4 nanogrammes (ng) par millilitre (ml) la plupart des cliniciens proposent de  pratiquer des examens complémentaires dont éventuellement une biopsie afin de dépister un possible cancer de la prostate.
 
Pendant toute la durée de l'étude, les cas de cancer de la prostate ont été répertoriés. Cela devait permet de voir : a) si la «  pilule SU.VI.MAX » induisait une augmentation du risque de cancer de la prostate ; b) si elle changeait les paramètres biologiques associés au risque de cancer de la prostate.
 
Après 9 ans de suivi, 103 cas de cancer de la prostate ont été dépistés, dont 54 dans le groupe placebo et 49 dans le groupe supplémenté (ce qui signifie qu’il n'y avait aucune différence). La supplémentation n'a également rien changé aux paramètres biologiques associés au risque de cancer de la prostate, on observe les mêmes valeurs dans le groupe placebo que dans le groupe supplémenté. On aurait à ce stade pu conclure que la prise de la «  pilule SU.VI.MAX » n’avait ni effet protecteur ni effet cancérigène.
 
Mais l'analyse des résultats a été affinée et le groupe où les dosages de PSA avaient été réalisés a été scindé en deux sous-groupes, celui avec des taux de PSA < à 3 ng/ml (valeurs normales) et celui avec des taux de PSA > à  3 ng/ml (valeurs suspectes). Et là, une tendance significative s’est détachée.  Les hommes  présentant au départ un taux de PSA < à 3 ng/ml  et prenant  la supplémentation ont un risque de développer un cancer de la prostate réduit de 48% par rapport au groupe placebo ayant le même taux de PSA. Quant aux hommes ayant un taux de PSA > à 3 ng/ml et, recevant la supplémentation, ils auraient présenté un risque accru de développer un cancer de la prostate par rapport à ceux du groupe placebo, avec le même taux de PSA (Kesse E et coll. British Journal of Nutrition 2006).
 
Une autre segmentation a été effectuée selon le taux de vitamine C : taux inférieur ou supérieur à 8,63 microgrammes (µg) par millilitre (ml). On aurait, là aussi, noté un risque supérieur chez les hommes supplémentés ayant un taux de vitamine C > à 8, 63 µg/ml par rapport à ceux ayant le même taux de vitamine C mais prenant un placebo.
 
Mes commentaires
 
L'analyse en sous-groupes selon un taux de PSA < ou > à 3 ng/ml a malheureusement amené à un  nombre de cas de cancers de la prostate insuffisants pour réaliser une analyse statistique suffisamment solide : 18 cas de cancers chez les hommes supplémentés avec un taux de PSA < 3 ng/ml ; 19 cas chez les hommes du groupe placebo avec un taux de PSA > à 3ng/ml…Ce qui fait que le calcul statistique du risque de cancer estimé chez les hommes supplémentés avec un taux de PSA > à 3 ng au départ devra être confirmé par d’autres études ; même remarque sur les éventuels effets possibles de la vitamine C en cas de supplémentation : pas assez de cas dans chaque groupe.
 
Conclusion
 
La « pilule SU.VI.MAX » prise pendant près de 9 ans permet de réduire de 48 % le risque de cancer de la prostate chez des hommes présentant un taux de PSA normal. La tendance, non significative, « d’ augmentation du risque de cancer de la prostate » observée chez certains hommes doit, inciter à une certaine prudence dans la prise en charge de personnes ayant ce type de caractéristiques et surtout à mettre en place des études similaires pour en tirer des conclusions plus étayées. Donc pas d’interprétation hâtive, appliquons plutôt le principe de précaution.
 
En tout cas, la bonne nouvelle, en prévention primaire, avec un taux de PSA normal, la supplémentation a montré toute son efficacité : 48% en moyenne de cancers de la prostate évités.
 
En attendant, peut-on spéculer sur les raisons de cette tendance chez les hommes ayant un taux de PSA suspect, en dehors des effets propres éventuellement liés à cette supplémentation ? On ne peut pas répondre de manière péremptoire à cette question, par contre  rappelons que le cancer de la prostate peut survenir à partir de 50 ans. Or les volontaires hommes inclus dans l’étude avaient entre 45 et 65 ans, tranches d’âges où le risque de cancer de la prostate apparaît et augmente avec l’âge. Un pourcentage très faible de ces hommes avait probablement déjà un cancer, sachant que le cancer de la prostate évolue habituellement de manière lente, sur 10 à 15 ans, avant d’être dépisté.  Ceci explique cela : on est en présence de l’évolution naturelle d’une pré-maladie qui va se transformer en maladie visible au bout d’une période plus ou moins longue.  Un pourcentage très faible d’hommes était probablement déjà en pré- maladie et n’a donc pas eu le temps de bénéficier de l’effet prévention de la supplémentation.  Comme quoi ce type de prévention peut supprimer ou minimiser un facteur de risque, mais ne représente pas forcément la panacée face à une maladie en cours ou déjà déclarée.
 
Morale de l’histoire, les choses ne sont pas toujours aussi simples que prévues, et ce qui est vrai pour un groupe ne l’est pas forcément pour un autre et encore moins pour un individu. J’ai toujours été partisan de l'individualisation, qui n’est possible qu'à travers l'utilisation d'outils prévisionnels appliqués à l'individu, par exemple le dosage du béta-carotène sanguin chez la personne pour connaître sa valeur initiale,  la situer par rapport à la VOS en béta-carotène et appliquer un conseil adapté s’il y a un déficit et suivre son évolution. C'est l'idéal, malheureusement pas toujours réalisable. En tout cas pour le béta-carotène sanguin c'est possible et cela vaut peut-être le coup, étant donné tout le climat de « suspicion » entourant cette vitamine aux 2 facettes « ange » ou « démon » selon sa concentration sanguine et les facteurs de risques identifiés.
  
Prise d'antioxydants et risque de mortalité
 
Deux publications issues de méta-analyses exposent ce risque
 
 -Publication ? Parce que les auteurs de ces études ont juste colligé et comparé les données issues de vraies études réalisées par d’autres scientifiques.
-Méta-analyse : consiste à rassembler les données issues d’études comparables et à les réanalyser au moyen d’outils statistiques dédiés. C’est pas mal en théorie, la masse d’informations à disposition étant plus conséquente mais l’écueil majeur réside dans la tentation de rassembler des données non comparables et là gare aux interprétations qui n’ont plus aucun sens !
 -Verdict dont je fais appel : la supplémentation en antioxydants (béta-carotène, vitamines A, C, E,  sélénium, seuls ou combinés) entraîne une majoration du risque de mortalité. Cette conclusion publiée dans des revues prestigieuses allait ajouter du crédit à cette information.
Pour l'instant, je vais me borner à vous restituer, le plus fidèlement possible, le contenu de ces 2 publications et puis je vous livrerais mes commentaires, en m'appuyant vu l'impact possible de cette déclaration, sur mon îlot de scientifiques ainsi que sur les scientifiques qui ont réagi à ces publications.
 
La première publication : Bjelakovic G et ses collaborateurs (Lancet 364 en 2004)
 
Dans cette méta-analyse ces auteurs ont repris les données issues de 14 études ayant expérimenté l'intérêt d'une supplémentation en éléments antioxydants dans la prévention des cancers digestifs. Les personnes sélectionnées pour ces études n'avaient pas de maladies gastro-intestinales, néanmoins certains individus étaient à haut risque (familial, habitudes alimentaires néfastes…) de cancer gastro-intestinal. La méta-analyse a porté sur 170 525 sujets, le nombre d'individus inclus allant, selon le type d'étude, de 226 à 39 876. Les doses et les durées de supplémentation étaient variables d'une étude à l'autre : béta-carotène (15 à 50 mg), vitamine A (1,5 à 15 mg), vitamine C (120 à 2000 mg), vitamine E (30 à 600 mg) apportés chaque jour ou un jour sur 2 pendant 1 à 12 ans, sélénium (50 à 228 µg) chaque jour pendant 2 à 4 ans. Les éléments antioxydants étaient apportés séparément ou sous différentes associations selon les études. Parmi les 14 études, 7 ont été jugées, du moins par ces auteurs, de grande qualité méthodologique et 7 de faible qualité méthodologique. Sur les 14 études, 9 contenaient des informations sur le nombre de décès, mais seuls les cas réunis dans 7 d’entre elles, considérées de grande qualité méthodologique, ont été retenus.
 
Pour les auteurs, et cela les engage, leur conclusion apporterait plusieurs informations majeures :
   - Le béta carotène, les vitamines A, C, E seuls ou associés ne préviennent pas les cancers gastro-intestinaux.
   - Ces éléments antioxydants semblent augmenter la mortalité globale.  Responsables de ces effets supposés sur la mortalité globale : les tandems béta-carotène/vitamine A ou béta-carotène/vitamine E.
   - Le sélénium pourrait faire exception mais prudence, car les études faisant état de ce fait sont de faible qualité.
 
Mes commentaires sur cette première publication
 
   - L’objectif de cette publication était de réaliser une méta-analyse sur la prévention des cancers gastro-intestinaux. Toutefois, ces études n'avaient pas été construites dans ce but.
   - On a affaire à une publication comportant trop de disparités : populations très hétérogènes, toutes sortes de supplémentations, sujets fumeurs et non-fumeurs…
   - La confrontation de 6 études et l'utilisation d'un type de modèle statistique aurait permis à ces auteurs d’avancer que les suppléments utilisés dans les études citées intensifiaient le risque de mortalité. Deux scientifiques (Forman D et Douglas D : Lancet 364 en 2004) ont avancé que ce modèle statistique n'était pas le plus approprié et que celui qu’ils avaient sélectionné ne donnait pas d'accroissement significatif du risque de mortalité. Ces mêmes auteurs ont également souligné que d'autres études ayant évalué l’intérêt d’antioxydants et relaté le risque de mortalité, n'ont pas été reprises par Bjelakovic au motif qu’elles sortaient du cadre des cancers gastro-intestinaux.
 
La deuxième publication : Bjelakovic G et collaborateurs. JAMA 297 en 2007
 
Dans cette publication, 68 études portaient sur les données issues d’études comparant les effets du béta-carotène, vitamines A, C, E et sélénium administrés seuls ou combinés versus placebo ou sans intervention. Les études incluses mettaient en oeuvre des doses, durées et posologies variées. Un total de 232 206 sujets avait été inclus. Le nombre d'individus dans chacune des études allait de 24 à 39 876. Les doses variaient de 1,2 à 50 mg pour le béta-carotène, 0,40 à 60 mg pour la vitamine A, 60 à 2000 mg pour la vitamine C, 6.6-3333 mg pour la vitamine E et de 20 à 200 µg de sélénium administrés quotidiennement ou un jour sur 2 pour une durée s’échelonnant de 28 jours à 12 ans. Parmi les 68 études, 47 ont été, toujours selon ces auteurs, classées comme étant de bonne qualité méthodologique.
 
Pour les auteurs, et encore une fois, à eux d’assumer, il ressortirait plusieurs faits marquants de leurs conclusions :
- Le béta-carotène, les vitamines A, E augmenteraient le risque de mortalité d’environ 5%, qu'ils soient administrés seuls on de manière combinée.
- Le sélénium pourrait exercer un effet protecteur, mais toujours la même réticence des auteurs vis-à-vis du sélénium, souhaitant davantage d'études pour confirmer cette tendance.
 
Mes commentaires sur cette deuxième publication
 
   - Environ la moitié des publications (408/815) portant sur ce sujet ont été exclues par les auteurs parce qu’elles ne manifestaient pas de tendance à la surmortalité. Une majorité des 68 études finalement retenues par les auteurs étaient de trop petite taille avec peu de décès (12 études avec seulement 1 décès). Il n’est pas possible de les intégrer, le nombre de décès extrêmement faible ne se prêtant pas à une analyse statistique suffisamment solide. Cela laisse entendre que leur constat de surmortalité est lié uniquement à certaines études. Alors pourquoi se servir de méta-analyses !
   -  Mêmes remarques que précédemment, les études sélectionnées sont excessivement dissemblables. Etablir un lien de cause à effet aurait nécessité de prendre en considération l'effet de la durée, de la dose, du type de suppléments…
   - Comptabiliser un décès survenant dès les premiers mois d’inclusion dans une étude et l’imputer à la supplémentation ne me paraît pas justifiable. C’est conclure un peu vite que la durée de supplémentation n'a pas d'effet sur la surmortalité et enlève du crédit aux résultats de cette méta-analyse.
   - Les conclusions sont issues, pour la majorité, des études qualifiées de bon niveau méthodologique et non des autres. On voit apparaître ici la limite de certaines méta-analyses et notamment de celle-ci. En effet, une méta-analyse « n'est applicable que si différentes études utilisent des stratégies identiques et fournissent des données quantitatives semblables, ce qui est rarement le cas puisque deux essais ne sont jamais comparables en tous points, même lorsqu'ils répondent à la même question de départ. La variabilité entre les études se situe aussi bien au niveau de leur qualité et de la théorie qui supporte les hypothèses formulées que de la conception des expériences et des méthodes statistiques qui permettent d'interpréter les résultats ». www.ebm.lib.ulg.ac.be/prostate/typ_etud.htm.
 Ainsi une étude toujours citée par l’ensemble de la communauté scientifique, celle de Linxian (Li JY et ses collaborateurs. Ann Epidemiol 3 et J Natl Cancer Inst 85 en 1993) a été purement et simplement occultée. Compte tenu du nombre de personnes incluses dans cette étude (29 584 sujets), de sa qualité et de l’intérêt de ses résultats, cette éviction malencontreuse a introduit des erreurs dans les déductions du risque de mortalité découlant de cette méta-analyse.
   - Autre point incompréhensible, les auteurs ont écarté les études comportant la prise de sélénium. Je ne sais pas ce qui a motivé cette décision, étant donné que le sélénium a montré une tendance à la protection. Cela a mathématiquement pénalisé les autres éléments antioxydants en altérant le calcul du risque de mortalité lié à leur prise.
   - Par contre, les auteurs n'ont pas oublié d'inclure les deux études qui ont incriminé le béta-carotène, pris à des doses pharmacologiques, responsable de la survenue de cancers du poumon chez des fumeurs. Or ces deux études pèsent lourd car elles représentent, à elles seules, plus de la moitié des décès, contribuant ainsi à une surestimation globale du risque de mortalité, en amalgamant des études où aucun risque de mortalité n’était présent avec celles-ci.


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En résumé :
   - La vitamine C n'a jamais été mise en cause dans le risque de mortalité.
   - Le béta-carotène, les vitamines A et E incriminés d'accroître le risque de mortalité n’ont en réalité aucun effet néfaste.
   - Le sélénium mis à l'index exerce un effet protecteur vis-à-vis de la mortalité globale.
 
Je ne veux pas terminer sans rappeler deux points :
   - Il n’est pas possible de mettre sur un même plan des doses inférieures à ce que pourrait apporter l'alimentation et des doses citées  pharmacologiques : les écarts entre les différentes prises vont de 1 à 15 voir plus. A doses diverses, effets différents.
   - Il n'est à aucun moment fait mention des concentrations sanguines en tel ou tel élément antioxydant utilisé dans les études utilisées dans les 2 méta-analyses. Il est impensable maintenant que tous les scientifiques s'occupant de ces questions connaissent toute l'importance des VOS en terme de protection optimale mais aussi les éventuels effets néfastes rattachés à des concentrations sanguines supérieures aux VOS c'est-à-dire dans l'excès. Malheureusement cela a été le cas au moins pour 2 études incluses dans ces méta-analyses où l’emploi de doses pharmacologiques de béta-carotène a eu des conséquences néfastes. Ces auteurs n'étaient pas sans ignorer cette donnée, ils n’avaient donc pas à comptabiliser le nombre de décès issus de ces 2 études, car il allait représenter 50 % du total des décès. Dans le calcul des décès, les doses nutritionnelles ne peuvent  en aucun cas rivaliser avec des doses pharmacologiques.
 
A. B.
Juin 2008  

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